Demain,
quels modèles
gagnants ?

Les crises, conflits, mutations de la consommation, bouleversements démographiques, géopolitiques et climatiques s’additionnent et chaque jour et bousculent en profondeur nos modèles agricoles et alimentaires. Sommes-nous capables de produire durable et d’être rentable ? Pouvons-nous répondre en même temps à tous les tiraillements de la grande consommation ? Où et comment déplacer le curseur pour développer des modèles gagnants ?

Florence Rabut, rédactrice en chef de végétable et animatrice du 16e Forum végétable

Dans un contexte de mutations de la consommation et de fragmentation de la société, de tensions durables entre pouvoir et vouloir d’achat, nos modèles sont lourdement chahutés : le « tout sous le même toit », les stratégies de montée vs descente en gamme, le productivisme sans contrepartie environnementale… Mais nous sommes passés de la fragmentation à l’éparpillement : des structures, des points de vente et de restauration, des assortiments, des labels, des concepts… au risque de monter les prix pour financer les coûts de la complexité, et c’est cette spirale qui n’opère plus en période inflationniste, qu’on peut supposer durable. D’où le regain de parts de marché de modèles discount ou low costs. Dès lors, comment intégrer les contraintes et attentes des consommateurs, tout en engageant les indispensables transitions sociale et environnementale, qui ont un coût sociétal élevé ? 

La France perd chaque année une partie de ses productions fruitières et légumières tandis que les importations augmentent. Ce constat est d’ailleurs à la base du plan de souveraineté pour notre filière. Si les raisons du déclin sont multiples, deux facteurs ressortent avant tout : les coûts de main d’œuvre, toujours les plus élevés d’Europe, et les surtranspositions franco-françaises dans l’Europe réglementaire. Conséquence : la France fait souvent cavalier seul, dans des logiques de valorisation qui ne touchent qu’une cible minoritaire de consommateurs. Avons-nous encore les moyens de nos désirs ?

Par conséquent, les modèles s’affrontent et souvent s’opposent : ce sera la transition agroécologique ou la massification pour écraser les coûts et être rentable ! Est-il possible de concilier les deux ? Sommes-nous capables de réinventer des modèles gagnants pour notre agriculture et nos chaînes alimentaires ? Absolument. Il n’y a pas un mais des modèles gagnants. De nombreux exemples de réussite existent ou s’expérimentent, dans les territoires, pensés dans une logique systémique, et nécessairement en filière : c’est-à-dire où les maillons d’une même chaine co-llaborent, co-opèrent pour s’investir ensemble dans la rémunération de l’amont, les conditions de production et les nouvelles pratiques, le choix des produits, la préservation des marges, la mutualisation de certains outils pour gagner en performance, la restauration des écosystèmes… 

Comment intégrer les contraintes et attentes des consommateurs, tout en engageant les indispensables transitions sociale et environnementale, qui ont un coût sociétal élevé ? 

Enfin, la valeur est liée au consentement à payer des consommateurs. Arriverons-nous à proposer un nouveau pacte sociétal qui fasse la chasse au surperflu et incite à arbitrer les dépenses en faveur de l’alimentation, à remettre de la valeur dans les imaginaires ? Enjeu crucial pour la filière des fruits et légumes, qui jouent aussi un rôle de santé publique. Face à l’ensemble de ces défis, c’est aussi, enfin et peut-être avant tout, à la puissance publique de prendre la mesure et d’accompagner ces changements. Alors, rendez-vous au 28 mars 2024 pour ce Forum Végétable incontournable !