Ouverture


 

« Qu’y a-t-il de commun entre la blockchain, la Journée des célibataires en Chine, le supercalculateur Alpha Zero, les extensions physiques d’Amazon et l’assurance “vitality” de Generali ? A priori rien. Pourtant, ces éléments s’inscrivent dans une mutation technologique : un changement rapide, profond et ambivalent. Une mutation qualifiée de « disruptive », au sens d’une bifurcation. Si les machines nous dépassent sur certains plans, elles ne peuvent nous remplacer sur d’autres : intelligence sociale, créativité, mobilité. Vous devez trouver comment vous réapproprier collectivement cette disruptivité. »

Vincent Guérin
Docteur en histoire contemporaine spécialisé dans les mutations technologiques

 

 

 


Vers une agriculture connectée ? 10h15-12h30


 

Tisseyre

 « Les évolutions technologiques sont telles que le contenu de notre formation change de 20 % tous les ans. Pour rester à la pointe, nous avons créé AgroTIC services, qui a pour vocation de répondre à des demandes précises de professionnels dans le domaine du numérique appliqué à l’agriculture, ainsi qu’une chaire qui regroupe 23 entreprises de production et de services en agriculture.
L’originalité du Mas Numérique réside dans la concentration, en un seul et même lieu – le domaine viticole du Chapitre, près de Montpellier –, de technologies apportées par 14 entreprises afin de tester leurs complémentarités, leurs synergies et leurs opportunités techniques. »

 

Bruno Tisseyre
Professeur en agriculture de précision à Montpellier SupAgro

 

 

 


 

Pillaud« Les agriculteurs sont obsédés par leurs données, ils ont peur qu’on les leur vole. Or ils doivent considérer les intégrateurs de données comme des intégrateurs de conseils. Si ces trois éléments essentiels (la maîtrise par l’agriculteur de l’usage de ses données, la possibilité de se retirer à tout moment et de changer de système et la liberté de les transférer vers un autre) sont respectés, le champ des possibles est immense : la circulation des données sera favorisée, de nouvelles connaissances seront valorisées et d’autres seront générées.

Le numérique n’est pas un enjeu, on peut vivre sans, c’est un moyen de changer les choses dans nos métiers. Pour bien penser son travail, il faut d’abord s’en libérer. Les outils numériques ont beaucoup à nous apporter. Ils améliorent les performances, réduisent la pénibilité, facilitent les échanges, captent de la valeur ajoutée…
Il faut qu’il y ait de la philosophie, une vraie conscience derrière l’IA.

Etre agri, c’est travailler avec du vivant et donc de l’incertain. Je ne crois pas en la monétisation de la donnée, mais en son échange. Il faut trouver avec qui la partager, avec qui s’allier pour devenir plus fort. On va plus vers un monde de réseau qu’un monde de massification. Pour trouver ses alliés, il faut tâtonner. Innover, c’est bricoler ! »

Hervé Pillaud
Agriculteur-éleveur, conférencier et auteur

 

 

 


 

 

Robert

« Il y a du spécifique dans les données agricoles. On touche au naturel, à des infos de sources et de formats différents. Le « big AgroData», c’est le stockage, l’organisation, la valorisation et la diffusion des multiples données relevant de la pratique agricole ou, plus largement, permettant d’analyser, de comprendre et d’optimiser celle-ci. Aucun acteur ne pourra construire et valoriser seul le Big data agricole.

Il se développera réellement à l’initiative d’une ou plusieurs fédérations d’acteurs majeurs à une échelle probablement internationale, proposant et gouvernant un système interopérable et ouvert. »

Didier Robert
Smag

 

 


 

 

Desforges

 « Il y a deux ans, nous étions cinq start-up à unir nos forces autour de valeurs communes pour promouvoir l’innovation dans l’agriculture. Aujourd’hui, nous sommes 24 et une trentaine d’autres frappent à la porte. Il y a environ 2 000 projets d’innovation en agriculture en France. Notre objectif est d’en intégrer une centaine dans notre association. »

« La question de savoir comment on finance l’innovation en France est importante. Je me suis toujours demandé pourquoi les agriculteurs n’investissaient pas dans les start-up qui représentent leur avenir. »

«  Le partage des données est essentiel pour répondre aux enjeux de la planète. Il faut se libérer de la peur de la perte. Pour sécuriser sa donnée, il suffit de la segmenter. »

Thierry Desforges
Agriculteur, fondateur de Monpotager.com et co-fondateur de La Ferme Digitale

 

 


 

 

Rauffet

« La mutation sera-t-elle aussi forte que la mécanisation ? Je ne le crois pas. Passer du cheval au tracteur a été une révolution, mais ce qui a bouleversé nos campagnes, c’est d’être passé de la polyculture à la monoculture, d’exploitations de petites tailles avec des salariés peu qualifiés à de grandes exploitations gérées par des personnes seules et qualifiées. Je crains que nos agriculteurs deviennent des agronomes incapables d’observer. »

« L’index, qui sert à analyser le changement de temps, sert aujourd’hui à cliquer sur un clavier : on est passé de l’homopaysanus à l’homodigitalus !
Le big data a un intérêt, encore faut-il savoir prendre la bonne décision. Il est important de garder l’esprit paysan et de maintenir l’homme au centre du débat.
L’effet induit sera une spécialisation encore plus grande : on est passé de l’intensif à la monoculture. La révolution induite par la technologie est une nouvelle organisation du travail. »

Marc Rauffet
Président du groupe Innatis

 

 


 

 

Retiere« Le numérique n’est pas une nouveauté pour nous, maraîchers. Le quotidien, c’est le smartphone, ça a commencé avec lui. Il y a vingt-cinq ans, on était déjà dans l’imagerie du muguet, les producteurs ont investi dans la R&D pour ce type de machine. On a installé des sondes capacitives (humidité du sol), engrangé les données, on les a traitées pour mieux piloter, échanger entre producteurs. On a disposé des logiciels de pilotage, on a déployé les automatismes pour piloter les irrigations… Le développement des outils de pilotage passe par des phases longues, des outils d’observation, d’aide à la décision. Il peut aussi y avoir des retours en arrière technologiques. »

« Les données doivent rester notre propriété. C’est incroyable, car c’est nous qui fournissons les données qui permettent de mettre à jour les logiciels… qu’on nous revend !
Il faut apprendre aux ingénieurs agro à ouvrir les yeux, à penser comme un légume. »

Philippe Retière
Serriste producteur de tomates, président des Maraîchers Nantais

 

 


 

 

Berducat

« Nous assistons à la conjonction de mutations technologiques et agronomiques qui se conjuguent pour induire le développement de nouveaux modes de conduite de culture, notamment en verger. Le développement de la robotique est l’occasion d’un renouveau complet des modes de production, sachant que les technologies sont neutres et au service du bio comme du conventionnel.

Par exemple, lors de la journée technique organisée en juillet 2017 par la station d’expérimentation de La Morinière (spécialisée sur la conduite du pommier), l’état d’esprit a complètement changé et les producteurs sont demandeurs du développement de systèmes robotisés, sachant que robot et numérique sont indissociables et qu’il importe de rendre tout cela compatible.

Il faut concevoir une technologie en adéquation avec l’agrosystème, opérationnelle, économique. Ces développements naîtront de la recherche, de la confrontation, du partage entre utilisateurs, constructeurs. Il va falloir être capable de réinterroger l’ensemble de l’itinéraire technique, notamment dans le sens d’une simplification des systèmes qui permettra de reconsidérer le travail de manière plus globalisée. La logique n’est pas simplement de penser une substitution homme/machine mais d’engager une réflexion systémique globale.

Concernant les robots, « tout le monde » est parti en premier lieu sur les robots de binage. Faire un robot de récolte ou de taille est effectivement beaucoup plus complexe, mais on peut s’étonner que le robot de pulvérisation n’ait pas été le premier sur la liste. Le robot de pulvérisation peut permettre d’intensifier les passages de traitement avec des produits de biocontrôle. Vont se poser les questions des nuisances sonores (moteur thermique ou non), du travail de nuit et ce que cela peut induire (bruit, lumière). Les robots plateformes actuels de première génération sont assez simplistes. J’ai une vision plus ambitieuse du robot.

La robotique commence dans la cour de l’exploitation avec le déploiement effectif de la mission, la mise en situation, le suivi de l’exécution : il faut construire les réponses dans un système intégré. La robotique n’est pas la solution, elle est un élément de la réponse. Sur le plan agronomique, elle permet de poser la petite machine en alternative aux grosses machines qui compactent les couches profondes des sols. Mais il faudra aussi savoir s’interroger sur l’impact des passages répétés de petites machines sur les couches superficielles…

Rien n’est tout blanc ou tout noir, il faut avoir une vision élargie du sujet, retenir la solution la moins mauvaise, ne négliger aucun aspect, au risque que tôt ou tard il ne vous rattrape ! Quand Google met dix millions de dollars dans une société innovante pour développer un robot de récolte de pommes, on peut s’interroger si ce n’est pas une fausse bonne idée : comment se passe le décrochage du pédoncule ? Dans quel état se trouvera la pomme posée dans le palox ? »

« En 2025, 600 000 robots seront vendus annuellement, mais il reste encore beaucoup de choses à faire. Les robots sans préhension, qui ont des contacts avec l’environnement (sol et végétation), tels que les robots de binage, commencent à se généraliser. Ceux sans préhension ni contact avec l’environnement, tels que les robots pulvérisateurs, sont encore au stade des essais commerciaux. Enfin, les robots avec contact et préhension, tels que les robots cueilleurs, sont en prototypage.

La robotique agricole ne commence pas dans le champ mais dans la cour de l’exploitation agricole ! Il faut robotiser l’ensemble des fonctions de la mission : la préparation, le transport, l’exécution au champ, la fin de mission. Les machines, toujours plus performantes, sont aussi toujours plus lourdes. Il faut faire attention à l’affaissement des couches profondes du sol. »

Michel Berducat
Spécialiste de la robotique agricole à l’Irstea, centre de Clermont Ferrand

 

 


 

Esposito

 « La résistance au changement des agriculteurs est naturelle. Afin de lever leurs réticences, il faut structurer les data et ne pas les laisser tomber aux mains d’autres acteurs. L’agriculteur ne peut pas faire seul sa révolution. »

« L’agriculteur a peut-être besoin qu’on fasse à sa place ou avec lui, qu’on lui donne des conseils très précis ou qu’on le forme. Quoi qu’il en soit, il faut ajuster les différentes formes d’accompagnement aux besoins des chefs d’entreprises. »

« Les nouvelles technologies ont leur place pour amener des performances techniques, économiques, sociales et environnementales.
Certains jeunes veulent exclure le numérique de leur démarche de retour à la terre. »

Béatrix Esposito
Consultante conseil et formation

 

 


Distribution digitalisée 14h30 – 17h00


 

 

 Vattier« Les acteurs physiques du commerce traditionnel ne savent pas forcément comment entrer dans le monde du digital. »

« Si les opérateurs du numérique ont une très bonne connaissance analytique des besoins des clients, ils ne les connaissent pas personnellement, au contraire des magasins. »

« La transformation digitale ne s’effectue qu’après le recrutement d’au moins 5 % de « digital native ». »

Christophe Vattier
CEO/Fondateur de The Bubbles Company

 

 


 

 

Lovery

« L’intégration du digital chez Carrefour ne fonctionnera que si nous parvenons à décloisonner son déploiement. »

« Il faut aussi que nous partagions avec nos fournisseurs le même langage digital. Nous avons par exemple mis sur pied une blockchain en poulet et devrions faire de même avec une tomate Rougeline de plein champ en Filière Qualité Carrefour à partir de juin. »

« C’est un vrai sujet (la blockhain) ; dès qu’on veut se rapprocher du client, on se rapproche nécessairement du producteur. »

« À l’échelle du groupe Carrefour, le e-commerce a représenté 850 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an passé. Nous visons les 5 milliards d’euros en 2022. »

Matthieu Lovery, Carrefour

 

 


 

 

Blarel

« En Europe en 2030, le commerce online pourrait représenter 10 % des achats de fruits et légumes en Europe contre 1,5 % en 2015 »

Marc-Henri Blarel
Catalyseur de projets F&L, expert filière

 

 

 

 

 

 


 

 

« Nous avons commencé avec la création d’un site d’e-commerce de produits agricoles du département de l’Essonne, riche de près de 400 références. Mais, à l’époque, il y avait beaucoup de réticences face à l’absence d’interface humaine dans la vente d’aliments en ligne. Nous avons donc installé une remorque réfrigérée à proximité des zones d’activité : les clients venaient y chercher leur panier précommandé. Puis nous avons développé un site web dédié aux chefs avec des assortiments ciblés et un service de livraison tôt le matin. Nous avons enrichi notre offre avec des produits bio, passé un accord avec un ESAT pour la préparation des commandes… Face aux enjeux de développements, nous avons rejoint le groupe Natoora Ltd, qui voulait se positionner sur Paris et y développer la clientèle restauration, clientèle prête à surcoter un produit haut de gamme typique « direct producteur traditionnel ». Cela fait cinq ans que nous travaillons à construire cette chaîne de valeur. Nous sommes également très sollicités pour développer des projets d’agriculture urbaine. »

« A titre personnel, je suis très engagé sur la digitalisation de la partie maraîchère et agricole : avec la société Imaléo, développeur de logiciels, nous recyclons les logiciels de drive des champs. Notre objectif est ici de doter le producteur d’outils de mise en marché et de supply chain, création de catalogue, construction du programme de culture, dématérialisation de la facturation, étiquetage, organisation de la livraison avec externalisation de la logistique. La maîtrise logistique est le nerf de la guerre. Pour y parvenir, nous avons développé un système informatique avec 4 modules : production, transport, plateforme, chaîne du froid. Nous avons intégré toutes ces données interfacées entre tous les acteurs. Nous pouvons passer des contrats de production dès le semis d’une culture avec un débouché pressenti. Nous standardisons les données aux normes type IFLS (Institut français du libre service) pour que tous les acteurs parlent le même langage. Nous rassemblons les produits sur des hubs à partir desquels ils sont rééclatés. Nous parvenons ainsi à réduire le coût logistique jusqu’à 15 % du prix du produit livré. Le frein à ces développements reste la capacité des producteurs d’Ile-de-France à déléguer la vente, la logistique… La nouvelle génération sera probablement plus ouverte à cette approche. »

« Le digital va permettre à l’humain de se concentrer sur la présentation du produit pour que le client soit assuré de disposer d’une qualité inégalée. »

 

Florent Hayoun
Natoora/Imaleo

 

 


 

 

 Murbach« Les robots commerçants sont-ils l’avenir du commerce traditionnel ? La robotisation du retail est en phase transitoire, sa généralisation n’est qu’une question de temps.
On communique parfois plus facilement avec un robot qu’avec un humain.
Les robots voient leur prix baisser de 25 % tous les ans en moyenne. »

 

Sébastien Murbach
Associé au sein de Roland Berger, cabinet de conseil de direction générale

 

 


 

 

Goumon

« La plateforme de commerce en ligne permet d’augmenter les ventes auprès des acheteurs, de gagner du temps et de développer la visibilité. »

Jonathan Goumon
La Ruche Qui dit Oui/5AM Market

 

 

 

 

 

 

 


 

Mouneyrac

« Le digital améliore les relations avec tous les maillons.
Les grossistes ont intérêt à se bouger dans le contexte. C’est vrai qu’il faut dépenser de l’argent. Et accepter de se tromper parfois. »

Thierry Mouneyrac
PDG de Mouneyrac Frères

 

 

 

 

 


Moulins

« La digitalisation est un accélérateur incroyable des relations clients en magasin. Le digital en B to B nous permet de travailler en précommande.
Il permet d’adapter instantanément l’offre, il donne la possibilité de proposer un contenu éditorial, des histoires autour des produits et des producteurs, et de vendre en ligne. »

 

Bertrand Moulins et Pascal Pirotte
Metro